Respiration

 

Nous sommes tous abandonnés par le regard que nous portons vers les étoiles. 


La neige que nous contemplons le matin,
témoigne de chaque pas que nous retirons au précédent. 

 

 

 

 © Jean-Louis Van Durme

À toi pour qui tout tient en un lieu, 

et passage;

 

À toi qui

ne reconnais l’espace

que dans l’ensemble de variations se liant à la fureur 

d’un récital sans fin,

et font rage;

 

À toi pour qui tout point final ouvre encore 

un mouvement aux limites infinies,

et s’engage.

 

À toi qui te soustrais, te submerge,

et que rien ne retient;

 

Tu fixes un point et c’est une issue qui recule;

Tu fixes mille points et c’est tout l’univers qui bascule.

 

 

 

Traverse un désert et c’est toi que tu traverses.

 

 

 

Et si la mémoire vient à mendier

aux barreaux de ton infatigable usure,

elle ne fait que réveiller les foyers

qui séparent l’éveil d’un geste à celui d’un repos usurpé.

 

 

  

Combien d’espace reste-t-il en toi ?

 

 

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Van Durme

 

Une branche frappe aux volets.

 

Des bruits jaillissent.

 

Ta peur explose et se multiplie.

 

Ton corps frémit et transpire.

 

Tu t’agrippes.

 

Des arbres s’enlacent, 

remuent,

gémissent et s’endorment.

 

Les visages doutent,

se figent.

 

Une forêt t’encercle

se ressert et t’étouffe.

 

Tu ramasses des restes de solitude

qui se métamorphose

en froides vérités.

 

Trois temples se contemplent 

et s’étouffent.

 

L’heure s’attarde.

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Van Durme

 

 

Qui se souviendra de ce vent 
qu’aucun ciel ne réveille;

 

Et qui plane et qui court
conseiller sur ses terres;

 

Accablé par ces sables
sans lumière ni rivière;

 

Se changeant à l’infini 
en désert de poussière.

 

D’un passager solitaire
au regard de l’exil,
d’un torrent qui sommeille
et que nul ne ranime.

 

 

 

© Jean-Louis Van Durme

Je suis né en ce lieu de déportation 

aux eaux rompues,

traversées de dunes fragiles

et balayées par les vents. 

 

Seul avec ce voyageur désormais sans nom,

mon corps se veut l’écho lointain

d’une clarté qui questionne.

 

Je décline alors un verbe  

que l’on nomme  -  oubli. 

 

Je lui impose continuellement le mouvement

qui tend à nourrir toujours les mêmes gestes.

 

Mon bras replié sur un bloc fissuré,

et pour ceux qui l’ignore,

de sang, de ruines  -  et ne reviendra pas !

 

Tout est là,

mais rien ne l’indique.

 

Un souffle se distingue près de son corps

et c’est encore son corps que l’on nomme.

 

Je réponds à l’appel de ce foyer perlé, exigu,

qui résonne en ce monde et se veut suspendu.

 

Un sourire dans une poudrière de marbre,

vacille, se penche et se fige pour l’éternité.

 

Si mon passage est soutenu 

par une innocence insensée,

j’attends le jour où ma poésie oubliera

qu’elle a existé. 

 

 

 

 

 

© Jean-louis Van Durme

 

 J’ai jeté l’ancre au bord du précipice.

 

 Ce fil qui se dénoue en silence

 et ne demande qu’à céder

 tend mes mots au-delà 

 du langage.

 

 Je lave le sable sur mon visage

dans ces creux que le temps soulève.

 

Désormais,

il n’y a plus que 

l’air qui s’appuie sur mon épaule

et respire en silence.

 

 

 

© Jean-Louis Van Durme

Traverser

pour prendre corps,

 

 

une aptitude, 

et traverser un silence encore.

 

 

Tu attends que de l’obscurité

surgissent un passage.

 

 

D’une pousse qui te tient de rupture

et tombe dans l’immobilité.

 

 

J’irai mourir sur une route sans ombre,

d’un soleil qui s’abat,

maintenant que des arbres il n’en restera pas.

 

 

Pétrifié, tu reconnaîtras enfin ton

fratricide et vorace pour quelques terres obscures, 

de la gravité tu ne t’extrairas pas.

 

 

Sur cette terre qui brule, 

et qui n’attendra pas.

 

 

 

© Jean-louis Van Durme

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