Les Prophètes

Quand donc arrêterons-nous
Notre marche nocturne
En compagnie des étoiles.
Marche sans fin malgré la fatigue,
Alors que les flambeaux du ciel
Poursuivent leur course
Sur des montures
Qui n'ont ni pieds, ni sabots ?

Inexorablement
Ils poursuivent leur chemin,
Sans ressentir à douleur
La perte du sommeil
Qui tourmente les paupières
De l'étranger sur sa couche,
Voué à traverser les nuits
Sans trouver le repos.

 

Al-Moutanabbi

Ô fleuve, tes eaux se sont-elles
Enfoncées dans la terre de telle sorte
Que tu as cessé de murmurer ?

Ou bien as-tu vieilli et ton initiative
Affaiblie t'a fait renoncer
A poursuivre ton chemin ?

Hier encore, tu chantais d'une voix douce,Les obstacles
Frayant ton trajet d'allégresse
Parmi les vergers et les fleurs.

Tu récitais la vaste chanson du monde
Captée à la source des traditions
Qu'ont léguées les siècles successifs.

Hier encore tu allais bravement
Ton chemin sans craindre
Les obstacles sur la route.

Et voilà qu'aujourd'hui est tombé sur toi
Cette tranquillité que le temps verse
Au creux des sépulcres profonds.

 

MIKHA'IL NOU'AYMA

Sur les genoux du ciel, il regarda le soir tomber.

La nuit souffla doucement ses murmures.

Confronté à l'infini, il toucha du doigt l'insignifiance de son existence,

sa secrète inutilité.

 

   K . Viggers   

Faire naître de nouveaux oracles

Pour reprendre les rênes du monde 

Car l'influence des anciens taris

Et les mortels commencent à penser par eux-même....

 

L.Byron

Quel meilleur endroit pour passer l'éternité ? 

 

J.Crase

La nuit ne communique plus avec le jour. Elle y brûle.

On la porte au bûcher à l'aube.

Tu souhaites nous rejoindre.

Ta peur et ton désarroi te jette dans nos bras,

Tu cherches à t'y blottir,

Mais ton corps dur reste accroché à ces certitudes,

Il éloigne le désir, refuse l'abandon;

Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage.

Tu crois obtenir la bienveillance des puissants,

Tu cherches la gloire et la fortune.

Pourtant lorsque la nuit arrive, tu trembles.

Ce que tu souhaites sans le savoir, c'est la disparition de tes peurs.

La guérison, l'union, le retour, l'oubli.

Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.

Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini,

Un pied dans le jour et l'autre dans la nuit.

 

Mathias Enard

Sachant bien que la roche se fissure et les souvenirs s'effacent

De même le poète construit son monument en gardant l'oeil narquois;

Car l'homme s'effacera, la terre insouciante mourra, le soleil courageux

s'éteindra, aveugle et noirci jusqu'en son coeur;

Et pourtant les pierres sont restées dressées durant un millénaire,

et les têtes affligées ont pu trouver un miel de paix parmi d'anciens poèmes.

 

Les échecs des hommes sont souvent aussi beaux que leurs

triomphes, mais tes retours sont plus précieux encore que ta première

présence.

 

 

R. Jeffers.

De la roche pour la première fois.

Comme si à travers la surface éclairée par la flamme, mon regard pénétrait dans la roche réelle, charnelle et vivante.

Rien d'étrange, la passion silencieuse, la profonde noblesse,

et le charme enfantin, ce destin qui se déploie en dehors du nôtre.

Elle se dresse ici dans la montagne comme un enfant grave qui sourit.

Un jour je mourrai et mes garçons vivront avant de mourir, notre monde

poursuivra sa course à travers les rapides agonies du changement et des découvertes.

Cette époque mourra et les loups hurleront en rôdant autour

d'une nouvelle Bethléem; cette roche sera là, grave, sérieuse,

non passive.

Ses énergies continueront de porter toute la montagne qui s'élève au-dessus d'elle ; et moi, enfoui sous les siècles bien remplis, j'ai ressenti son intense réalité avec émerveillement et avec amour, cette roche solitaire.

 

 

R.Jeffers - Le dieu sauvage du monde 

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